Lettre à Ségolène

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Chère Ségolène,

Je te remercie pour ta lettre du 12 novembre. J’apprécie l’attention que tu portes aux attentes que j’ai exprimées au nom de nos camarades de la motion A.
Je souhaite donc te répondre à mon tour, en toute franchise, pour contribuer à un congrès utile aux Français.

Sur la cohérence entre les déclarations faites dans l’opposition et leur mise en œuvre effective une fois de retour au pouvoir, je suis sensible à l’articulation que tu établis entre capacité d’indignation et propositions crédibles, même si la « radicalité » que tu évoques a souvent, par le passé, conduit à des engagements difficiles à tenir dans les faits. Je crains d’ailleurs que l’exemple que tu cites, celui des interdictions de licenciements, n’illustre un tel écueil si nous n’y prenons garde.

Sur la social-démocratie, notre différence ne porte peut-être pas seulement sur les mots et j’en suis d’autant plus étonné que lors de ta campagne présidentielle tu te référais à juste titre au modèle scandinave. Aujourd’hui, dans ta lettre, tu qualifies la social- démocratie de « très insuffisante » après l’avoir tenue récemment pour « périmée », sans dessiner pour autant une alternative véritablement identifiée à ce stade. En effet, la social-démocratie prône, sauf erreur de ma part, l’intervention de la puissance publique dans l’économie de marché, ainsi que l’établissement d’un rapport de forces au nom de la justice sociale. Elle affirme le rôle de l’Etat, et pas seulement, dans une perspective redistributive, ce qui nous conduit à proposer, dans notre motion, le concept « d’Etat prévoyant ». La crise mondiale a d’ailleurs illustré la pertinence d’une telle vision, confrontant de fait, les socialistes à un défi décisif : rendre désormais cette démarche applicable à l’échelle européenne. Je ne vois d’ailleurs aucune autre méthode susceptible de donner une réponse de gauche à la récession actuelle. Dans ces conditions, plutôt que d’évoquer ce dessein au passé, je crois plus pertinent que jamais de renforcer le dialogue et le partenariat avec nos amis sociaux démocrates européens, au nom d’un nouveau modèle de développement.

Sur l’Europe précisément, la franchise m’oblige, à la lecture de ta lettre, à t’avouer une forme de déception. L’engagement européen est indissociable de l’idéal socialiste. Nous devons le mettre au cœur de notre projet, et d’abord, l’affronter avec lucidité et avec conviction. La motion A défend l’idée d’une véritable Europe politique, dotée d’institutions solides, d’un Parlement souverain, avec une Commission responsable devant lui. C’est ainsi que nous nous donnerons les moyens de construire enfin l’Europe sociale. Nous portons également l’idée d’un emprunt européen pour l’innovation, la recherche et l’aide aux PME. Bien sûr, il faut que l’Europe change, et notamment qu’elle donne plus de place à la solidarité. Mais pour cela, nous devons nous entendre sur quelques principes clairs en-dehors desquels l’Europe n’aura, pour ses citoyens, ni efficacité, ni réalité.

Sur la conception même du PS, en mettant en garde contre le risque d’un parti de supporters, nous avons voulu exprimer la conviction que notre parti doit être un lieu d’échanges, de débat et de réflexion, un espace qui offre de vrais repères idéologiques, non seulement à ses adhérents, mais aussi aux Français eux-mêmes. Nous pensons qu’il faut l’ouvrir à toutes les forces de la société, syndicales, associatives, militantes, ainsi qu’aux autres partis progressistes européens et mondiaux. Quant à la question des cotisations, il faudra sans nul doute en améliorer le fonctionnement actuel, mais dans le respect d’un principe auquel nous sommes attachés, celui de la progressivité.

Sur les alliances, nous devons être parfaitement clairs. La position que nous avons exprimée est d’autant moins un prétexte, que je l’ai personnellement mise en œuvre à Paris. C’est à nos yeux l’identité même du PS qui est en jeu, ainsi que notre devoir collectif de combattre l’idée pernicieuse selon laquelle la gauche et la droite, cela reviendrait au même. Une alliance avec le MODEM, dont le succès, soit dit en passant, passe par notre échec et par conséquent par le prolongement d’une telle confusion, nous semble donc non seulement inappropriée mais dangereuse.

En somme, face aux enjeux qui nous attendent et dont la crise financière accentue terriblement l’urgence, notre approche et nos réponses traduisent des différences qui n’ont rien de médiocre et dont je suis heureux que nous puissions les confronter sereinement. Et ce constat ne retire rien au fait que socialistes, nous sommes résolument engagés dans un combat commun contre la droite et la politique brutale qu’elle conduit actuellement.

Te renouvelant mes remerciements pour la lettre que tu m’as adressée, et m’inscrivant pleinement dans cette logique d’échange, je te prie de recevoir, chère Ségolène, l’assurance de mes sentiments bien cordiaux.

Bertrand Delanoë.

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6 bonnes raisons de voter Hamon<br /> <br /> 1) A l’issue du week end, l’image du Parti est sérieusement écornée. L’impression qui domine, c’est que le Ps est incapable de dépasser le choc des egos et d’effacer les vieilles rancœurs. Aubry, soutenue par les amis de DSK et de Fabius, contre Royal, c’est rejouer la primaire de 2007. Voter Hamon, c’est tourner la page et sortir par la haut. C’est faire le choix d’un homme neuf, qui n’a ni comptes à régler ni revanche à prendre.<br /> <br /> 2) Les institutions de la Vème République polluent notre parti. Réduire le choix du premier secrétaire à la sélection anticipée d’un présidentiable, c’est conduire un peu plus le PS sur le chemin de l’hyper personnalisation et de la dépolitisation. Voter Hamon, c’est, pour les militants, l’occasion de dire « Chaque chose en son temps ». Voter Hamon, c’est remettre le parti au travail, pour qu’il soit, le moment venu, en situation d’affronter les échéances.<br /> <br /> 3) Ségolène Royal se présente comme la candidate du « parti nouveau » contre « le vieux parti ». Martine Aubry se veut la représentante d’un « parti de militants » contre un « parti de supporters ». Voter Hamon, c’est dépasser les oppositions artificielles : c’est faire le choix du renouvellement des pratiques et des équipes sans tourner le dos à notre identité et à notre histoire. <br /> <br /> 4) Ségolène Royal veut l’alliance avec le centre et donne une place secondaire à la question sociale : c’est le choix de la droitisation. Martine Aubry, à qui Delanoë reprochait de faire coexister carpes et lapins, est désormais rejointe par le maire de Paris : c’est le risque de la confusion. Voter Hamon, c’est faire le choix de la clarté et de la cohérence. C’est l’assurance d’un PS vraiment ancré à gauche. <br /> <br /> 5) Ségolène Royal avait mis sa candidature « au frigidaire » pour finalement, après plusieurs jours d’hésitations, la ressortir samedi après midi. Martine Aubry a fait acte de candidature le dimanche matin à 9h45, après avoir accepté, la veille, de soutenir celle de Benoît Hamon. Voter Benoît Hamon, c’est faire le choix de la constance et de la détermination.<br /> <br /> 6) Ségolène Royal a la nostalgie de sa campagne de 2007, à laquelle elle se réfère constamment. Martine Aubry évoque régulièrement la « dream team » du gouvernement Jospin de 1997. Toutes deux ont été ministres sous François Mitterrand et sous Lionel Jospin. Voter Benoît Hamon, c’est changer d’ère.
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