Viticulture : Je suis favorable à l'apport des copeaux de bois... et quelques autres propositions

Publié le par Philippe Buisson

Voici quelques semaines, j’exprimais ici ma volonté d’engager une large réflexion sur la viticulture en général, sur la réhabilitation de la civilisation du vin en particulier.

Passage à l’acte : Ce lundi, j’ai pris l’initiative de réunir l’ensemble des représentants de la filière viticole du Libournais afin d’évaluer les tendances actuelles du marché, d’entendre les craintes des professionnels vis à vis des orientations très libérales contenues dans le projet de réforme de l’OCM-vin ( texte qui organisera le marché du vin en Europe), et de tester quelques propositions susceptibles d’être mises à l’ordre du jour des débats électoraux de 2007.

Je vous livre donc quelques pistes pour lesquelles j’ai un a priori favorable et que j’entends défendre auprès du candidat socialiste à la présidentielle :

 

Je suis favorable à l’utilisation des copeaux de bois dans les vins. J’avoue ne pas comprendre le débat qui actuellement électrise le microcosme viticole sur cette possibilité autorisée par l’Europe et bloquée par l’INAO. Depuis des années la plupart des viticulteurs bordelais ont pris l’habitude de boiser leurs vins pour répondre notamment aux saveurs recherchées par le marché mondial. Jusqu’alors ce procédé nécessitait l’élevage du vin en barriques pour un prix de fabrication relativement onéreux ( le prix d’une barrique en chêne étant de l’ordre de 500 €). Mettre en contact le vin avec du bois non plus par le truchement de ces barriques mais par l’apport de copeaux de chêne, infiniment moins coûteux, ne me semble en rien porter préjudice à l’âme de la viticulture. Par contre, cette technique permettrait sans doute d’abaisser sensiblement le coût de production et donc de rendre les prix de commercialisation de nos vins bien plus compétitifs. En outre, rien n’obligera bien entendu les tenants de la tradition- et probablement parmi eux les plus grands crus- à conserver le vieillissement en barriques à l’instar des vendanges à la main qui ne se pratiquent plus aujourd’hui que pour quelques vins prestigieux.

 

Je suis favorable à ce que les pouvoirs publics interviennent financièrement pour accélérer la recherche sur les techniques de désalcoolisation du vin. Au moment où les campagnes de préventions contre la consommation abusive d’alcool se multiplient avec juste raison, il est paradoxal que les vins bordelais deviennent de plus en plus alcoolisés, dépassant régulièrement 13° d’alcool alors qu’ils avoisinaient 11° au milieu du siècle dernier. C’est un sujet qui me semble éminemment important pour démontrer la capacité des professionnels du vin à adopter une attitude responsable vis à vis d’une politique de santé publique indiscutable.

 

Je suis favorable à la création d’une option « œnologie » pour les bacs généralistes, au même titre qu’il existe des options « danse », «  arts plastiques » ou autres. Apprendre aux plus jeunes à découvrir ce patrimoine et à apprécier nos vins ne signifie pas les inciter à devenir alcooliques. Au contraire, notre jeunesse consomme toujours plus d’alcools forts et, dans le même temps, toujours moins de vin. Il faut réapprendre la culture du vin et l’assumer. En outre, dans les lycées viticoles ou les lycées hôteliers, les élèves s’initient déjà à la découverte et à la consommation du vin sans que pour autant ces formations génèrent des bataillons d’avinés. Je préfère là encore et de loin l’éducation à la prohibition.  

 

Je suis favorable à l’autorisation d’émettre de « Wine Tv », cette chaîne consacrée à la promotion des vins et qui est interdite de diffusion en France alors même que nous sommes le producteur emblématique mondial de ces produits. Cette anomalie doit être corrigée quitte à amender la législation pour le permettre, à la condition aussi d’exclure tous les alcools forts de ces émissions.

 

Bien d’autres mesures seront bien entendu nécessaires à la sortie de crise de la viticulture, je pense notamment à la pérennisation des avantages liés à l’arrachage  de certaines parcelles pour limiter la surproduction, je pense aussi à l’interdiction de créer superficiellement de nouveaux pays producteurs de vin, comme les pays du nord de l’Europe, à l’inverse de ce que suggère actuellement le texte de l’OCM-Vin. Mais ces mesures concrètes me semblent symboliques d’une société française qui assumerait sa culture et son terroir sans confondre enfin, dans une réprobation générale, les vins et les alcools forts.
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Publié dans Philippe Buisson

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E
D'ailleurs, il me semble que dans le "projet Fabius", avec la VIème République, il soit prévu le non cumul des mandats, non ?
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E
Mais bien sûr que non, il ne faut pas adapter le produit au consommateur ! Dans le Madiran, il est maintenant très difficile de trouver un vin qui n'est pas un "Bordeaux" car les producteurs se sont adaptés ! Et pourtant, quand j'ai envie d'un Madiran, je ne veux pas d'un Bordeaux ! Le vin n'est pas un produit comme un autre. Il faut faire un effort pour l'apprécier sinon, il vaut mieux boire du Coca-Cola ! ;-)
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G
Je ne suis pas opposé à l'utilisation de copeaux de bois. L'adaptation du producteur au consommateur est évidemment indispensable et par ailleurs la maîtrise des coûts aussi. Néanmoins s'agit-il d'une adaptation ou d'une imitation des techniques de production et de commercialisation de nos concurrents, je me le demande . Cette démarche n'est pas nuisible à plus long terme et portera t-elle atteinte à notre image de marque, à la qualité de nos produit qui constituent notre avantage concurrentiel sur le marché mondial des vins.<br /> <br /> Enfin, autre question...<br /> La semaine dernière, vous évoquiez dans votre rubrique " ça me démange" un article de Sud-Ouest que j'ai relevé aussi et qui était consacré au candidat CPNT sur la dixième. Vous avez répondu à ces attaques en oubliant une...la question du cumul des mandats de conseiller régional et de député. En effet, vous avez des responsabilités au CR. Je ne vois pas l'incompatibilité, vous n'êtes pas membre de la commission permanente et par ailleurs les exemples ne manquent pas comme Dionis du Séjour de l'UDF. Cette question mérite votre réponse pour tout électeur qui aura à se prononcer...
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P
Sur le second sujet, vous avez raison, il n'y aura probablement pas d'incompatibilité. Cela étant dit, il demeure probable que je demissionnerai de mon mandat de conseiller régional dans l'hypothèse où je serais élu Député.
G
A l'instar de EM, je suis dubitatif vis à vis d'ajout de copeaux de chène lors de la vinification; le problème vient que pour plaire à Parker, dont les jugements dans le monde viticole font office de loi, le vin doit avoir un goût boisé pour bien se vendre. Celà fait office aussi de "cache-misère", le boisé masquant des vins médiocres, bref,c 'est "tendance"; il ne faut pas oublier aussi l'alchimie qui s'opère au sein d'une barrique, dont le bois "respire".Rien à voir avec des copeaux mis dans une cuve inox ou béton.. Le copeau va abaisser les coûts de revient, certes, celà abaissera-t'il pour autant le prix de vente à la consommation? J'en doute..
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P
Je pense qu'une mention "élevé en barrique" devra identifier les vins issus de l'élevage traditionnel. Concernant les prix, il serait évidemment mal venu que les viticulteurs ne répercutent pas la baisse des coûts sur le prix de vente. Mais aujourd'hui, en Bordeaux générique par exemple, ils vendent le tonneau à 750 euros soit un prix de vente très faible.
E
Pour une fois, je suis en désaccord avec vous ! Il me semble plus utile d'éduquer le peuple plutôt que de lui plaire ! Ne tombons pas dans les clichés.<br /> 1) Les vins non boisés peuvent être très agréable.<br /> 2) Certains "petits" propriétaires vendangent à la main pour notre plus grand plaisir tout en ayant un produit "abordable".<br /> Ne trichons pas sur les produits, mettre du "bois" à tout prix n'a qu'une utilité : masquer les défauts du vin !<br /> Non aux copeaux !<br /> Le monde de la viticulture est un monde difficile où tous les viticulteurs n'ont peut-être pas leur place. Ceux qui font de la qualité, n'ont pas de problème. Les autres...<br /> Pour le reste, vos propositions me semblent bonnes.
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