Faut-il stigmatiser la pauvreté comme si elle était un crime? Sarkozy dit Oui... et moi Non !
Des femmes, des hommes et des enfants sont morts en France ces derniers mois du fait de leurs conditions de logements précaires en France. Mettant en avant la sécurité des familles vivant dans des squats, le ministre de l’intérieur a procédé à une vague d’expulsions musclées et médiatisées (mais il ne fait rien autrement…) sans jamais s’inquiéter des mesures de relogement qui devaient forcément les accompagner. A Cachan, il aura fallu plus d’un mois de lutte de la part d’un collectif d’associations, d’hommes et de femmes plus ou moins célèbres, de partis politiques et, surtout, une détermination sans faille, allant jusqu’au limite de leur vie, de quelques mal logés pour enfin aboutir à une solution de relogement. Ce n’est pas digne de notre pays ! Qui peut penser que la rue est un logement plus adapté qu’un taudis ? Ni l’un, ni l’autre ne doivent être tolérés et l’action d’un gouvernement ne peut se réduire à stigmatiser la pauvreté comme si elle était un crime.
Aujourd’hui, en France, nous comptons 3 millions de mal logés ( chiffre fondation abbé Pierre) et 86 000 S.D.F. ( chiffre Insee). Voilà la réalité de notre pays et lorsque une loi de la République impose aux communes de plus de 3500 habitants d’avoir sur leur territoire au moins 20% de logements sociaux, elle essaie de prendre en compte ce triste constat. Et quand, dans le même temps, certaines communes font un bras d’honneur à cette loi, elles caressent avec démagogie leur électorat mais elles font un bras d’honneur à l’un des droits de l’homme les plus basiques à savoir celui de pouvoir se loger avec dignité. A Neuilly, ville de N. Sarkozy, il y a moins de 3% de ces logements sociaux pourtant obligatoires…
Libourne n’est pas à l’abri de ces situations d’extrême pauvreté. Cette semaine, j’ai vu un autre homme, les jambes réellement gangrenées jusqu’à l’os qui, malgré ma médiation et celle du médecin de garde, a refusé la prise en charge sanitaire qui s’imposait pourtant par peur d’une société qu’il ne comprend pas. J’ai aussi reçu et écouté longuement ce jeune langonnais de 23 ans qui m’a expliqué son parcours de vie familiale l’ayant conduit à la clochardisation dès l’adolescence. Il m’a dit la brutalité des squats, ses souffrances physiques et morales, son envie de rompre avec cette existence sans avenir. Grâce à l’association Le Lien, grâce à la création d’un chantier d’insertion de la ville de Libourne, nous avons engagé enfin ce jeune sur un parcours de reconstruction où le futur devient une perspective moins sombre, où les projets sont autorisés. Car la réalité de la rue, c’est celle-ci. Ce n’est pas uniquement faire la manche, s’aviner et dormir par un choix de vie. Non, c’est une violence incroyable, ce sont des maladies chroniques destructrices et des souffrances morales considérables.
Si je conviens que nous ne devons pas accepter la présence de SDF aux portes de nos vitrines marchandes, c’est parce que j’attends de notre pays et de notre République non pas une politique qui travestit les plus vulnérables en boucs émissaires mais une politique qui permette de vivre dignement dans la France du 21ème siècle.
Le logement sera la grande cause nationale du prochain mandat législatif.
Il faudra construire 120 000 logements sociaux par an.
Il faudra pénaliser durement les communes qui ne respectent pas la loi.
Il faudra aider les collectivités locales à mieux maîtriser le prix des terrains à bâtir par la création d’agence foncière.
Il faudra redonner des moyens importants pour le logement d’urgence.
C’est incontestablement l’un des grands enjeux des débats démocratiques qui s’ouvrent.
Ce problème ne peut pas être uniquement abordé sous l’angle médiatique des dispositifs « grands froids » où, chaque hiver, nos ministres communiquent allègrement avec des propos compassionnels de circonstance. La misère ne s’arrête pas au printemps !